Le regard sur soi est souvent plus cruel que celui que l’autre nous porte. Le négatif vient du moi, cet être haïssable pour qui l’introspection est jouissance trouvée et souffrance frustrée. Il est rare au fonds qu’une cruauté capable du même constat vienne de l’extérieur nous juger. Ainsi des êtres de 25 ans disent avoir raté leur vie… 

Ce qui ne viendrait à l’esprit de personne de leur reprocher, ils s’en accusent…

***

La devise moderne : Mens divertimento in corpore porno !

Je t’aurai. Double sens. Je te détruirai OU je coucherai avec toi.

***

Il n’y a pas d’hygiène de vie. Il n’existe aucune psychologie positive. Vivre consiste à s’adapter à sa personnalité et à observer la nature. A accepter l’apprentissage contenu dans le temps. 

Aucune hygiène particulière, si ce n’est reconnaître ce qui nuit. L’alcool peut m’aider ou me détruire. L’austérité me raffermir et me simplifier ou creuser une dépression.

Bienveillance donc envers les penchants folâtres et direction de l’esprit par la raison. Rien d’autre. Et en sus, l’impalpable recherche reconduite chaque jour qui donne sens même aux erreurs.

Ainsi, on marche, on vit, « branloire pérenne » (Montaigne).

 

Publicités

Je ne pense pas vivre plus de quelques heures par jours.

Ma carte bleue ne fonctionne plus.

Ce qui est beau dans l’emploi des formes courtes est que le bavardage s’arrête. Comme une violence, ce départ. Une phrase brève éloigne des vieilles rives. Il m’est arrivé de toucher des individus d’un seul mot. De créer des amitiés par une attitude ou une réflexion, de même qu’on peut repousser d’un SMS, ou par des silences. 

Christophe me disait qu’on touche l’autre par des biais involontaires, qu’est retenu surtout ce qui nous échappe. Qu’il n’y a pas d’efforts à fournir pour plaire puisque ce qui saille pour l’autre est indépendant de notre juridiction.

France Culture ce matin était magnifique de désabusement raisonné d’hommes intelligents en proie aux affaires. Tout sonnait vrai, vécu.

 

Ma stratégie coutumière consiste à penser longuement aux solutions puis à agir par impulsion. Ce mouvement est coutumier. Parce que sage, je suis également très fou. Calme, impatient. Sérieux, insolent. Voilà le classicisme par attirance des contraires !

J’aime beaucoup Montreuil. La proche banlieue mixte dans sa réussite apaisée. Du néo-réalisme rose.

Pendant une semaine, je m’en suis voulu d’une description de garçons à mobylettes écrite dans le roman. Elle était fausse et cliché. Montreuil a confirmé ce remords. Je vais réécrire le livre à partir de cet avertissement. Peu satisfait de mes écrits récents. Je pense au roman en cours. Aucune envie de faire un livre social.

Je me sens comme un passager de première classe dans un ciel serein, suspendu comme un trait d’union entre l’azur et la paix, semblable à une publicité Air France à très gros budget.

Il faut être à la hauteur de la hauteur que l’on veut atteindre, sinon on passe sous le portique sans s’apercevoir qu’on est devenu un nain.

 

 

Paul Nougé

2546054

On a beaucoup remarqué dans Paul Nougé la volonté d’effacer son nom, souligner ses doutes et sa volonté de remise en cause du langage qui le signalaient comme un autre Monsieur Teste, il faut pourtant rappeler à ceux qui croient à une absence d’œuvre, l’existence des 800 pages «  Du palais des images » parues chez Allia. Certains artistes visant la disparition de l’ego écrivent et laissent traces.

Nougé habitait dans un palais qui était sa tête. Le visiter était long. C’était un homme fort bien meublé et de grande superficie. Il n’avait pas la volonté de construire une œuvre, de thésauriser sur un capital poétique, ni l’instinct de propriété, pourtant il intervenait, polémiquait, travaillait à purger la littérature des automatismes. C’est grâce à l’effort amical de Marcel Marien que ses textes furent réunis, Nougé préférant la gratuité, pratiquant bien avant qu’internet ne répande les joies du bénévolat, une écriture sans commande, régie par la seule éthique.

Il nous est impossible de tenir l’activité littéraire pour une activité digne de remplir à elle seule notre vie. Ou plus exactement elle nous paraît être un moyen insuffisant pour épuiser  cette somme de possibilités que nous espérons mettre en jeu avant de disparaître.

Les centres d’intérêt de Nougé étaient nombreux, bien que situés presque toujours dans le cercle restreint de ses amitiés réelles et par son appartenance au surréalisme belge. Le palais des images contient les textes les plus amoureux de René Magritte où l’essentiel est dit de ce peintre, on trouvera difficilement meilleurs commentaires que ces exercices d’admiration qui prouvaient que la peinture avait le pouvoir de faire honte au spectateur qui ne la méritait pas. De même l’attachement de Nougé à la musique, vécue comme un moyen de déclencher des états affectifs chez l’auditeur se fixa via André Souris dans des tentatives de composition pour récitant devant provoquer des « successions de charmes tour à tour acceptés, refusés et rompus » tel « parole de femmes sur un petit fond d’orchestre ».

Pour Nougé, au-delà de l’intransigeance et d’un goût du tranchant coutumier au surréalisme, qui firent de lui un critique aigu, il semble que l’écriture fut avant tout une forme d’éthique radicale, excluant les fantaisies du non-conformisme pour préférer les stratégies de la subversion ironique.

L’esprit de Nougé s’affirmait comme une volonté de clarté, avançait vers un style sans afféterie, suivant un « modèle intérieur d’intrusion des sciences dites exactes » qui ne visait jamais à paraître bon camarade ou en adéquation avec quoi que ce soit d’autre que sa vision nette. Dégraissé de la complaisance, Nougé est un écrivain précis, presque méticuleux qui demande « d’avoir gardé assez de jeunesse mentale pour pouvoir se vaincre encore et renaître ».

La littérature donc comme plaisir, état affectif éthique visant à surprendre l’intelligence en lui présentant ce qui lui est adaptée.

S’enrager ou rester assis ? Voici les interrogations que Paul Nougé, ce quasi-contemporain de 1928 qui fut poète et biologiste rue de Belliard à Bruxelles, « tête la plus forte du surréalisme en Belgique » d’après Ponge, semble avoir suivies avec obstination pour avancer toujours d’un pas de côté, et faire progresser le surréalisme scientifique, en expert de la langue précise qui faisait des prises de sang dans le vocabulaire familier. 

Et à le lire, un déclic s’opère. Le langage se purge. Ses tics et astuces sont déjoués des fabrications, et le lecteur se retrouve dans l’obligation de se situer face aux autorités du temps et à décider à quelles idéologies il adhère.

Tout homme est à la fois notre complice et notre ennemi. Il s’agit de lui faire prendre un sentiment aussi vif qu’il se peut de sa complicité. Ou lui faire vivement sentir qu’il est notre ennemi. Mais il y a un écueil car il lui reste toujours de nous tenir pour négligeable. Aussi, l’important, l’urgent et peut-être, le plus difficile, est d’attirer son attention, de la retenir, au point que de quelque manière il se sente engagé.

 

1+1 poème

Endormie dans les rues blondes de tes sourires

Cachée, secrète

Dans la concorde des éveils

Tu es bouches pour lèvres

Baiser d’indépendance.

Tendre vitamine d’enfance

Murmurée

Nonchalance aux pieds gratuits

Visite qui dispose

Du sommeil pour son maître parent.

 

***

Au parc, souffrances mes escalades

Dans le losange de protection

S’atténue la lancinante

Maîtresse

Des poussières

Agréable et tragique

Amortie

De cris levés vers cette balle

Qui semble un autre soleil. 

 

Le navire boit sa force 

D’un naufrage écopé

D’eaux vives.